Ci-dessous un certain nombre de poèmes courts improvisés suivant la tradition du Haïku, 1ere ligne : le ciel, 2ème ligne: la terre, 3ème ligne: l'homme. Non premédités et non édités, sans rapport les uns avec les autres. Le ciel est la direction initiale du poème, la terre est la ligne qui enracine la direction prise dans la première ligne, l'homme fait le lien entre les deux et donne un sens final à la relation entre la 1ère et la 2ème ligne.

Ce faisant l’opacité
Couvrait le bois d’un rouge
Lourd comme une brique

Un oiseau passe tel une ombre sur le tableau
Le chat lève la tête
Il a du bleu sur la patte

Je baisse le son pour entendre mes pensées
Surveillons-les...
C’est encore trop fort et je suis un violon plaintif

Les paradis perdus s’écoulent comme un torrent
Emoussant les pierres
Des souvenirs trop pointus

Le bleu charbon a glissé en poudre de perlinpinpin
Des mains vers le papier jusqu’alors
Blanc. Quel choc!

Et cependant qu’elle perdait trace d’elle-même en semant des pétales de roses
Le vent souffla
Et seuls restaient la lande et la brise de mer

Dans la maison sauvage
Remplie de messe en ut mineur et de chat
Je suis hilare

Dans la maison hilare
Chat mineur et messe en ut
S’emplissent de sauvagerie

Alors qu’elle allait
S’oubliant elle-même dans un monde balisé
Le feu rouge s’alluma

Le chat étalé
Sur la tache de lumière
Les deux pattes décalées

Perdue dans l’essence des pensées tournoyantes
Ou est l’existence
?

Le son griçon du violon dans les dents
Oh irritant, oh combien de temps
Passons!

Avril-Mai 1991

HAÏKUS DE PLEINE LUNE

La contine d’école
Libre et frivole
T’encoucoulinant doucement

Les pieds posés par terre
Ceci n’est pas le ciel!
Tout est à l’envers!

Trois lignes
Dépassées
Par leur vitesse

Gris tout autour
Une pensée de colère
Point son jour

Le jaune dans l’oeil
Le bleu dans l’oeil
Le rouge au coeur

Haïku
Sens dessus dessous
Trop de légèreté

19/01/1992

Mon esprit est floyé
Ma langue est ployée
Juste le bruit de la pluie

Le Yi-King est puissant
Mais pas autant que la passion
Qui pose les questions?

Accélération de battements
Trépidant trépidant
De grêlons sur le toit

Enfin calme
Dans le bruit tréssauté
Mon esprit peut se couver

Violons, violines
Crépitations
Mon coeur prend feu

Ravel obsédant
La vierge clignotante
La chat ratifie!

Ronronmement du chat
Ronronement du poële
La maison prend feu

La chat ratifie
Giffon coléreux
Les souris dansent

A patte griffée
L’agression se raye
Je déraille

Shubert poignant
Etiré dans le temps
Redressons le coeur

31/03/1992

Les amis sont loin
La tempéraure est haute
Le coeur se dilate
10/06/1992

En deuil ami
Un seul long renoncement
Lent si sobre
11/06/1992

La surface lisse, noire
Et crève
Comme une bulle.

Le tonnerre TONNE
Les marteaux-piqueurs PIQUENT
Comment Mozart peut-il encore être joué?

19/6/92

Rouge et Blanc
Gégène dansotte
Que je suis sotte!
2/7/92

Dans le creux d’un vallon
Le coeur se panse
En lui seul

Les oiseaux courent
Les esprit volent
Le maître est là

15/7/92

Le chat ronronne comme un diesel
De plaisir saoûl
Roucoule

L’échelle monte
Le drap sue
Je suis malade

La dérive des continents
De plus en plus loin
Les uns des autres

10/12/92

24 Haïkus de beau temps

La paresse des couleurs
Les mots sortent
En noir et blanc

Un bruit d’eau
Tombe
Des charbons incandescents

Enfermée dans ma chambre
Par ce beau temps
Qu’est ce que maman aurait dit?

Le bruit des enfants au lointain
Traverse l’air
Et l’oreille bouchée

La tache d’encre ronde
Sur un bois
Strié

Avec l’encre
Rendant hommage
A mon maître

La peau transparente
Les yeux lavés
Le coeur vide

Le bruit du diésel
Résonnant
Dans ma colère

Nez bouché
Sinus bouchés
Oreilles bouchées

L’ami rugueux
Fachés
Pas pour toujours

La grande fille triste
Pas moi
L’autre

Seulement noter
L’intuition
A l’encre

La grâce:
Le contact
Avec l’indicible

Rendre visible
L’indicible
En pleine reconnaissance

Absurde
Une vie
Sans jeu

Envie de sortir
Ah... l’impatience
Des jours calmes

Le mur blanc
Comme un miroir
Pour mes pensées

Papier caramel
Sucreries viennoises
Nostalgie du paradis

L’orgueil avant
La honte après
A quoi bon?

L’inspiration
S’est écoulée
Les cailloux restent

Trois petites pièces
De grandes questions
Que d’attente!

17/12/1992

Parfois, de la lumière plein les yeux
Plein le coeur
Plein le monde

Dans l’attente d’une douleur
Ainsi va la vie
Rien ne se passe!

L’espace derrière moi
Les yeux par devant la tête
Comment faire?

Le coeur en creux
Retourné comme un gant
Par une main céleste

Hallali
A la vie
Allah Allah

21/12/92

Haïkus de Rinptemps

Stimulating coffee
Heart beats too much
For you

Wet hair
Wet streets
Wet separation

Mai 1996

Les veines bien visibles
Je suis le rêve
Des infirmières

Deux amoureux
Il caresse sa main
Elle caresse son sac

Le souffle court
Le haïku
Me convient.

6/08/2005

© Eléonore Pironneau 2013
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