Shomei Tomatsu

Un des éléments frappants de cette photo est sa composition en croix : un axe est formé par la ligne de craquelure qui part du bord inférieur droit de la photo et remonte vers le centre gauche, l’autre par la ligne qui traverse en diagonale de gauche/bas à droite/haut.
La forme sombre constituée par l’objet et son ombre est placée de manière centrale et relativement symétrique est . La forme ovale de l’objet est bien définie, non seulement les lignes sont fines et nettes mais la texture (métal, terre sèche et poussière) est très lisible. Cette forme contient les noirs les plus denses et crée un fort contraste avec la zone lumineuse du sol, ce qui attire l’œil. Le noir de l’ombre ne recouvre pas complètement la texture claire du sol et constitue ainsi une transition visuelle entre la forme principale et le fond. Il n’y a pas de ligne d’horizon.

Que dit la composition de cette photo?

L’image nous montre un objet solitaire, sombre dans un espace clair. Cet objet est tourné vers le haut, mais touche la terre. Bien qu’on ne voit pas le ciel, il y a une sensation d’espace. L’objet central accueille le vide du haut (le ciel), et fait la jonction avec le bas (la terre) par l’intermédiaire de l’ombre. La forme centrale, ambigüe dans sa lecture, est perçue comme un creux, et si l’on peut reconnaître le casque on peut aussi imaginer : vasque, trou, mine, urne ouverte… L’unité de la zone claire qui représente la terre est interrompue par des lignes sombres qui la pénètrent et la divisent.

La symbolique de la croix est très riche: union du ciel (vertical) et de la terre (horizontale), elle symbolise dans la culture chrétienne le sacrifice du divin s’incarnant dans une enveloppe mortelle. On peut aussi penser au viseur d’une arme… Le centre de cette croix formée par les lignes du sol est habité par une absence, et c’est là le sujet principal de cette image. Le casque vide, béant, est tourné vers le ciel –d’où est venue la mort? Il est aussi retourné, telle une tortue mise sur le dos que sa carapace n’a pas protégée. Cette destruction touche même la terre. Si cette image pouvait parler, elle dirait : “immobilité, pétrification, silence, mort, absence, sidération, isolation, disparition”. Et peut-être “chute”. Mais là, nous touchons à la beauté et aux limites de l’art photographique: il capte un moment, mais ne dit rien de l’avant et de l’après. Cette résonnance invisible du contexte aura lieu dans l’imagination du spectateur qui devient alors un acteur de la lecture de l’œuvre. Cette photographie, à la composition dépouillée, minimale, s’offre à différents niveaux d’interprétation et c’est ce qui en fait sa force poétique.

Le titre et l’auteur : “Steel Helmet with Skull Bone Fused by Atomic Bomb, Nagasaki / 1963”, par Shomei Tomatsu

© 2014 Eleonore Pironneau

Tous droits reservés. Aucune partie de ce document et de son contenu ne peut etre reproduite, copiée, modifiée ou adaptée sans le consentement de son auteur. Ce texte a été déposé à la SACD. Photo: © Shomei Tomatsu - interface. Courtesy of Taka Ishi / i Gallery, Tokyo

PDF Version